Dans cet article : Ce que « penser ensemble » veut vraiment dire · Un message aux dirigeants de l'éducation · La culture de paix se vit maintenant · Les 1001 façons de faire de sa vie un chef-d'œuvre de paix
Il y a des événements qui ne vous lâchent pas. Pas parce qu'ils sont spectaculaires. Parce qu'ils font vibrer quelque chose d'essentiel que vous aviez oublié pouvoir ressentir.
C'est ce qui m'est arrivé au FEST'IC — le 1er Festival International de l'Intelligence Collective — les 19 et 20 juin 2026, sous les chapiteaux du CIAM d'Aix-en-Provence. J'y étais avec mon fils Siloé, 14 ans. Et ce que nous avons vécu ensemble ce week-end-là méritait d'être dit, partagé, transmis.
Pas comme un compte-rendu. Comme un appel.
Ce que « penser ensemble » veut vraiment dire
L'intelligence collective n'est pas un concept de consultant à la mode. C'est une réalité que l'humanité pratique depuis toujours — dans les conseils de village, les communautés monastiques, les cercles de sagesse autochtones. Ce que le FEST'IC propose, c'est de la réapprendre dans nos contextes contemporains : entreprises, collectivités, familles, écoles.
Pendant deux jours, plus de quarante intervenants venus d'horizons radicalement différents ont exploré six thématiques : écologie et transition, démocratie participative, gouvernance des organisations, vivre ensemble, IA et intelligence collective, art de la relation.
Ce qui m'a frappée, ce n'est pas la diversité des sujets. C'est la cohérence profonde qui les traversait tous : la conviction que nos crises actuelles ne se résoudront pas par des expertises isolées, mais par la puissance du sens partagé.
Parrainé par Edgar Morin — dont l'élan reste le nôtre bien au-delà de sa disparition — le festival incarnait ce qu'il appelait depuis toujours la « pensée complexe » : refuser les solutions simples à des problèmes qui ne le sont pas, accepter l'incertitude comme terrain de création plutôt que comme menace.
Un message aux élus et aux dirigeants de l'éducation
Je veux vous parler directement, à vous qui avez la responsabilité d'un établissement scolaire, d'une direction académique, d'une collectivité territoriale qui finance et oriente l'éducation.
Vous le savez : l'école est en crise. Pas seulement budgétaire. Une crise de sens, de lien, de capacité à faire face à un monde qui va trop vite et dans trop de directions à la fois.
Les enfants que vous accueillez chaque matin arrivent avec une anxiété climatique que les manuels scolaires ne nomment pas encore. Avec une conscience géopolitique nourrie d'images de guerre dès l'âge où l'on apprend à lire. Avec une intelligence émotionnelle souvent bien plus développée que les outils qu'on leur donne pour l'exprimer.
La question n'est pas de savoir si l'école doit enseigner la paix. C'est de comprendre que l'école peut être elle-même un espace de paix.
Et c'est là qu'intervient l'intelligence collective. Non pas comme un atelier supplémentaire dans un emploi du temps déjà surchargé, mais comme une posture, une culture, un mode de fonctionnement.
Concrètement, cela ressemble à quoi ?
- Des conseils d'établissement où la parole des élèves n'est pas consultative mais constitutive des décisions ;
- Des équipes pédagogiques qui apprennent à travailler en intelligence coopérative plutôt qu'en silos disciplinaires ;
- Des espaces de régulation des conflits qui ne passent pas systématiquement par la sanction, mais par la médiation et la compréhension mutuelle ;
- Des projets transversaux qui donnent aux jeunes l'expérience concrète de ce que « créer ensemble » signifie.
Ce n'est pas de l'idéalisme. C'est ce qui se construit, partout en France, dans des établissements qui ont choisi de prendre ce tournant. Le FEST'IC en était une vitrine vivante et inspirante.
La culture de paix n'est pas un horizon lointain — elle se vit maintenant
Edgar Morin écrivait que « le problème fondamental de notre temps est civilisationnel ». Je crois qu'il avait raison, et que cette civilisation nouvelle ne naîtra pas d'une révolution politique ou technologique. Elle naîtra dans les espaces où des êtres humains choisissent délibérément de se voir comme des ressources les uns pour les autres plutôt que comme des menaces.
L'école peut être l'un de ces espaces. Peut-être même le plus stratégique de tous, parce que c'est là que se forment les futurs bâtisseurs de monde.
La culture de paix n'est pas un programme à déployer. C'est une réalité à faire vivre — maintenant, dans vos couloirs, dans vos conseils de classe, dans la façon dont vous accueillez une idée nouvelle ou dont vous gérez un désaccord.
Le FEST'IC n'est pas qu'un festival. C'est un écho de ce qui est possible. Si vous avez la charge d'une institution éducative, j'espère sincèrement que vous trouverez le chemin vers cet écosystème, vers ces pratiques, vers ces personnes qui ont choisi de faire de l'intelligence collective leur métier et leur manière d'être au monde.
Et pour tous les autres — les 1001 façons de faire de sa vie un chef-d'œuvre de paix
Vous n'êtes peut-être pas directeur d'académie. Vous n'êtes peut-être pas élu, pas institutionnel, pas « décideur » au sens où on l'entend habituellement.
Vous êtes peut-être simplement quelqu'un qui regarde le monde, qui ressent la sidération, qui se demande ce qu'une seule personne peut bien faire face à l'ampleur de ce qui se passe.
La réponse, c'est : énormément.
Il existe 1001 façons de faire de sa vie un chef-d'œuvre de paix. Pas des grandes déclarations. Des actes concrets, quotidiens, à portée de main — dans votre foyer, votre quartier, votre cercle professionnel, votre façon de consommer, d'écouter, de parler à l'autre.
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Parce que la paix ne se décrète pas d'en haut. Elle se construit, geste après geste, rencontre après rencontre, choix après choix.
Et vous êtes exactement à la bonne place pour commencer.
Ce que nous avons vécu au FEST'IC, Siloé et moi, c'est la preuve que l'intelligence collective n'est pas une promesse abstraite. C'est une expérience. Et les expériences, elles transforment.
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